JASPES
Le point de vue des scientifiquesLe jaspe est une roche sédimentaire contenant de 90 à 95 % de silice, souvent classée avec les quartz microcristallins. Elle est constituée de radiolairescalcédonieux pris dans un ciment de calcédoine. Sa cassure est écailleuse parfois conchoïdale. Le jaspe peut avoir plusieurs aspects : tacheté, rubané, rouge (ou oriental), à taches rouges sur fond vert, noir (de Sicile), etc.
Le Jaspe étant un quartz pénétré dune teinture métallique assez forte pour lui avoir ôté toute transparence, na pu produire que des stalactites opaques ; aussi tous les jaspes, soit de première, soit de seconde formation, de quelque couleur quils soient, nont aucune transparence sils sont purs, et ce nest que quand les autres substances vitreuses sy trouvent interposées quils laissent passer de la lumière ; ceux quon appelle jaspes agatés, ne sont, comme les agates jaspées, que des agrégations de petites parties dagate et de jaspe, dont les premières sont à demi-transparentes, et les dernières sont opaques.
Les jaspes primitifs nont ordinairement quune seule couleur verte ou rougeâtre, et lon peut regarder tous ceux qui sont décolorés ou teints de couleurs diverses ou variées, comme des stalactites des premiers ; et quoique ces jaspes de seconde formation soient en très-grand nombre, et quils paroissent fort différens les uns des autres, tous ont à peu-près la même densité [1] a, et tous sont entièrement opaques. Si lon compare la Table de la pesanteur spécifique des jaspes avec celle des pesanteurs spécifiques des quartz blancs ou colorés, on verra que les jaspes de quelque couleur quils soient, et même les jaspes décolorés ou blanchâtres sont généralement un peu plus denses que les quartz, ce quon ne peut guère attribuer quau mélange des parties métalliques qui sont entrées dans la composition des jaspes.
De tous les métaux, le fer est le seul qui ait teint et pénétré les jaspes de première formation, parce quil sest établi le premier avant tous les autres métaux sur le Globe encore ardent, et quil étoit le seul métal capable den supporter la très-grande chaleur lorsque la roche quartzeuse commençoit à se consolider ; car, quoique certains Minéralogistes aient attribué au cuivre la couleur des jaspes verts, on ne peut guère douter que cette couleur verte ne soit dûe au fer, puisque le jaspe primitif, et qui se trouve en très-grandes masses, est dun assez beau vert : il paroît même que tous les jaspes secondaires variés ou non variés de couleur, ont été teints par le fer ; seulement il est à remarquer que ce métal qui sest mêlé en très-grande quantité dans les schorls pour former les grenats, nest entré quen très-petite proportion dans les jaspes, puisque la pesanteur spécifique du plus pesant des jaspes est dun tiers moindre que celle du grenat.
La matière du jaspe est, comme nous lavons ditb, la base de la substance des porphyres et des ophites, ou serpentins quil ne faut pas confondre avec la serpentine dans laquelle il nentre point de jaspe, et qui nest quune concrétion micacéec. Lorsque le suc cristallin du quartz est mêlé de parties ferrugineuses, ou quil tombe sur des matières qui contiennent du fer, la stalactite ou le produit qui en résulte, est de la nature du jaspe.
On le reconnoît dans plusieurs cailloux, dans les bois pétrifiés, dans le sinople et autres jaspes grossiers qui sont de seconde formation ; toute matière quartzeuse mêlée de fer en vapeurs ou dissous, perd plus ou moins de sa transparence ; et lon reconnoît les jaspes à leur opacité, à la cassure terreuse, et à leur poli qui nest pas aussi vif que celui des agates et autres pierres vitreuses dans lesquelles le fer nest entré quen si petite quantité quil ne leur a donné que de la couleur, et ne leur a point ôté la transparence ; au lieu que par son mélange en plus grande quantité, ou en parties plus grossières, il a rendu les quartz entièrement opaques, et a formé des jaspes plus ou moins fins, et de couleurs diverses, selon que le fer saisi par le suc quartzeux sest trouvé dans différens états de décomposition ou de dissolution.
Les jaspes fins se distinguent aisément des autres par leur beau poli, qui cependant nest jamais aussi vif que celui des agates, cornalines, sardoines, et autres pierres quartzeuses transparentes ou demi-transparentes, lesquelles sont aussi plus dures que les jaspes. Les jaspes dune seule couleur sont les plus purs et les plus fins ; ceux qui sont tachés, nués, ondés ou veinés, peuvent être regardés comme des jaspes impurs, et sont quelquefois mêlés de substances différentes ; si ces taches ou veines sont transparentes, elles présentent le quartz dans son état de nature, ou dans son état dagate ; et sil arrive que le feld-spath ou le schorl aient part à la composition de ces jaspes mixtes, ils deviennent fusibles [2] , comme toutes les matières vitreuses qui sont mélangées de ces deux verres primitifs.
Le plus beau de tous les jaspes est le sanguin, qui, sur un vert plus ou moins bleuâtre, présente des points ou quelques petites taches dun rouge vif de sang, et qui reçoit dans toutes ses dimensions, un poli luisant et plus sec que celui des autres jaspes.
Quelques-uns de nos Nomenclateurs, qui cependant ne craignent pas de multiplier les espèces et les sortes, nen ont fait quune du jaspe sanguin et du jaspe héliotrope, quoique Boëce de Boot les eût avertis davance, que le jaspe sanguin ne prend le nom dhéliotrope que quand il est à demi-transparente [3] , ce qui suppose un jaspe mixte, dans lequel le suc cristallin du feld-spath est entré, et produit des reflets chatoyans ; au lieu que le jaspe sanguin noffre ni transparence ni chatoyement dans aucune de ses parties.
Les jaspes, et sur-tout ceux de seconde formation, ressemblent aux cailloux par leur opacité et par leur poli, mais ils en diffèrent par la forme qui est rarement globuleuse comme celle des cailloux, et on les distinguera toujours en examinant leur cassure ; la fracture des jaspes paroît être terreuse et semblable à celle dune argile desséchée, tandis que la fracture des cailloux est luisante comme celle du verre.